On parle de maintenance applicative comme d'un bloc. Ce n'est pas un bloc. La maintenance préventive, la maintenance corrective et la maintenance évolutive sont trois gestes. On ajoute souvent perfective (rendre mieux) et adaptative (suivre un changement extérieur : PHP, RGPD, API). Un forfait TMA sérieux couvre surtout le préventif et une part de correctif. L'évolutif se facture, ou il mange le forfait jusqu'à le vider. Cet article découpe les formes. L'article TMA / MCO / infogérance découpe les contrats. Les deux se lisent ensemble.
🔎 Un mot, cinq métiers
« On fait la maintenance » ne dit rien. On met à jour le core ? On répare le tunnel de vente d'hier ? On ajoute un filtre boutique ? On refond le header ? On suit PHP 8.4 parce que l'hébergeur coupe la 8.2 ? Cinq demandes. Cinq natures. Un seul mot sur le devis, et le conflit arrive au premier vrai besoin.
La norme ISO et les manuels parlent de préventive, corrective, perfective, adaptative. Le terrain web y ajoute l'évolutive, que les prestataires aiment glisser dans le forfait pour gagner l'appel d'offres. Je préfère les exemples aux adjectifs. Un bandeau à changer, oui. Un nouveau tunnel, non. Une maj plugin testée, oui. Une migration Presta 8 vers 9, non. Les exemples paient les demandes. Les adjectifs paient les avocats.
Ces formes ne remplacent pas TMA, MCO ou infogérance. La TMA est le contrat applicatif. Le MCO est l'engagement « ça reste dans l'état prévu ». L'infogérance est la machine. À l'intérieur de la TMA, on fait de la préventive tous les mois, du correctif quand ça casse, de l'évolutif sur devis. Si vous n'avez pas lu l'article sur les sigles, lisez-le après celui-ci. Ici on parle du geste.
🛠️ Préventive : empêcher avant que ça casse

La maintenance préventive, c'est le travail qu'on fait quand rien ne brûle. Mises à jour core / extensions / thème. Vérification d'un parcours. Rotation des sauvegardes restaurées. Revue des comptes admin. Extinction d'un XML-RPC ouvert. Sondes. Certificats. PHP encore supporté. Ce n'est pas glorieux. C'est ce qui évite le dimanche à 2 h.
Sans préventive, vous n'avez pas de TMA. Vous avez une hotline. Le forfait mensuel que je décris ailleurs tient d'abord là : le socle existe même sans demande métier. C'est pourquoi 29 € sur une boutique Woo est un signal, pas une affaire. La préventive a un coût fixe. On le dit, ou on le cache dans un « illimité » qui refusera le premier risque.
La préventive a besoin d'une copie de test dès que le site encaisse ou porte un métier. Mettre à jour Elementor en production un vendredi de campagne, ce n'est pas de la prévention. C'est de la loterie. Je refuse ce geste. Je clone, je teste, je pousse. Le temps est dans le forfait. La mise à jour en un clic n'y est pas.
- Maj planifiées, une famille à la fois
- Vérification d'un parcours réel (panier, mail, admin)
- Restauration testée, pas seulement un fichier présent
- Comptes, 2FA, plugins morts, PHP encore tenu
💡 Ce que la préventive n'est pas
Ce n'est pas « on a cliqué sur Mettre à jour ». Sans regard après, vous avez déplacé le risque. Ce n'est pas un Lighthouse de vanité une fois par trimestre. Ce n'est pas installer un plugin de plus « pour la sécu » sans tenir le socle. Ce n'est pas une revue de code complète : ça, c'est un audit, une autre demande.
Ce n'est pas non plus de l'évolutif déguisé. « Tant qu'on y est, on refait le header » n'est pas de la prévention. C'est une fonctionnalité. Si on la glisse dans le créneau mensuel, le forfait explose ou la préventive saute. Les deux arrivent. Je préfère reporter le header.
⚠️ Corrective : réparer ce qui est déjà cassé

La maintenance corrective commence quand le défaut est là. Tunnel de vente en erreur 500. Mail qui n'arrive plus. Admin verrouillé. Plugin qui a cassé le header après une maj. Worker Messenger mort. Formulaire qui mange les leads. On rétablit le service. On ne profite pas pour « améliorer » trois autres choses.
On distingue souvent le correctif urgent (activité à l'arrêt, faille de sécurité ouverte) et le correctif planifié (bug moche, pas bloquant). Un forfait honnête dit comment l'urgent entre : canal, délai visé, ce qui est inclus, ce qui bascule en astreinte. « On verra » n'est pas un délai. Sur une boutique, je veux une sonde métier et un numéro, pas seulement un ping de la page d'accueil.
Le correctif n'efface pas la cause. Après le rétablissement, on note : maj ratée, cache trop large, cron WP qui s'empile, compte admin de trop. Sinon on rejoue la même demande dans six semaines. La préventive suivante absorbe la leçon, ou on refuse de maintenir un socle qui casse en boucle. L'article sur ce que je refuse de maintenir sert ici.
- Rétablir d'abord, embellir jamais dans la même heure
- Rollback si la maj est la cause
- Mesure après : parcours, pas seulement « ça a l'air ok »
- Cause notée, ou la demande reviendra
🧭 Évolutive, perfective, adaptative
La maintenance évolutive change le produit. Nouveau bloc, nouveau tunnel, nouveau flux stock, nouveau rôle. Ce n'est plus « tenir ». C'est « ajouter ». Je le fais. Je ne le mets pas dans le forfait de fond. Un petit volume d'heures peut absorber un bandeau. Il n'absorbe pas une refonte de tunnel de vente. Si le devis dit « évolutif inclus » sans plafond, quelqu'un ment : le prestataire, ou le commercial.
La perfective rend mieux ce qui existe déjà : perf, accessibilité, dette, UX d'un écran qui marche. Utile. Rarement urgent. On la planifie, on ne la déguise pas en correctif. « Le site est lent » peut être du correctif (quelque chose a cassé) ou de la perfective (c'était déjà lent). On mesure avant. Sinon on facture de la brume.
L'adaptative suit un changement que vous n'avez pas choisi : fin de vie PHP, API partenaire, RGPD, PSP qui change une règle, Presta qui force une maj. Ce n'est pas une lubie. Ce n'est pas non plus de la préventive mensuelle. Une montée de version majeure, c'est un chantier. Les articles Presta 8 vers 9 et Symfony sans tout réécrire décrivent ça. Le forfait TMA prépare (veille, tests). Il ne paie pas la migration.
📋 Comment ça rentre dans un forfait

Chez moi, le forfait tient le préventif (socle) et une dose de correctif + petites demandes. L'évolutif a un devis, ou il consomme un volume écrit, jamais « l'infini ». L'adaptative légère (patch PHP, extension d'API déjà connue) peut passer. L'adaptative lourde (migration, nouveau PSP) sort. C'est écrit. Les exemples valent mieux qu'une grille de 40 lignes.
Le MCO, si on l'utilise, promet surtout préventif + correctif pour rester dans l'état prévu. Dès qu'on fait évoluer le produit, on n'est plus en MCO strict. On est en projet. Confondre les deux, c'est demander à un contrat d'assurance de financer une extension de maison.
Infogérance : préventive machine (patch OS, disque, snapshots), corrective machine (panne, réseau). Pas de perfective Woo. Pas d'évolutif formulaire. Si votre infogéreur « ajuste aussi le thème », la frontière a bougé. On l'écrit, ou on la refuse.
- Préventif : dans le forfait, calendrier visible
- Correctif urgent : canal + règle, pas « on verra »
- Évolutif : devis ou volume plafonné
- Adaptative lourde : chantier, pas petite demande
📌 Ce que je refuse sur ce sujet
Je refuse la « maintenance illimitée ». Je refuse de glisser une fonctionnalité dans le créneau des mises à jour. Je refuse de facturer de la perfective sans mesure avant / après. Je refuse le correctif sans retour arrière possible. Je refuse de maintenir en préventif un site que je classerais plutôt en refonte : ce serait mentir sur le risque.
Je refuse aussi le silence. Si le bon levier est un forfait TMA, un audit, ou « vous n'avez pas besoin d'évolutif ce trimestre », je le dis. Les formes de maintenance servent à classer le travail. Elles ne servent pas à habiller un pack.
Si tout est de la maintenance, plus rien n'est cadré. La première vraie demande le prouve.







